TVB-writes-beautiful-music.jpg

English

Troy Von Balthazar, before working solo as TvB, became famous in the 90’s as the singer and songwriter of L.A./Hawaii cult band Chokebore. They toured all around the world, including 10 shows supporting Nirvana on their final tour, and released 5 LPs, landmarks in independant rock‘s history. By the way, TvB was born in Hawaii and used to be a skateboarder, but now lives between California and Berlin, where you could see him ride his bike, en danseuse.

Troy Von Balthazar’s 4th studio album, Knights of Something, was recorded in Berlin and the South of France. He used a combination of an old Tascam 388, tape machine and Protools, a bunch of amazing guitar pedals, and vintage microphones. It’s lo-fi songwriting and recording at it’s best, stream of consciousness music structures and powerful lyrics. The songs create a very distinct atmosphere that is really “The TvB sound”.

Français

Tout seul. Troy Von Balthazar, échappé du tonitruant Chokebore, est un ascète. How to live on nothing l’énonçait crûment. Mais TvB, artiste fertile, multi-instrumentiste, arrangeur soliste, répond aujourd’hui à ce nothing par un something belliqueux. Knights of Something redéfinit le « TvB sound », oscillant, au gré de compositions dépouillées ou saturées d’électricité, entre sensualité dévorante et impossible résignation. Ce sont là 13 bouquets de fleurs tropicales, certaines suaves, d’autres stupéfiantes voire toxiques, mises au jour d’une voix lascive et tranchante, abyssalement mélancolique. Knights of Something est le chef-d’œuvre tournoyant et tonitruant d’un TvB plus seul que jamais, plus libre, plus généreux, qui tire du pire le meilleur.

Tout repose sur lui, et Troy Von Balthazar est un Don Quichotte, un de ces Knights of Something, avec une Fender usée en guise de Sancho Panza, vrai soutien fidèle tout au long de son périple, fait de temps morts, d’attentes, et, subitement ! d’un disque auguste enfin libéré de sa tête. TvB doit penser et chanter des choses que personne d’autre n’aurait pu penser ou chanter. Il lui faut exprimer, et avec tellement de force, un certain aspect du monde – lequel, sans lui, aurait été plus pauvre, plus mensonger aussi. Il le fait à nouveau dans ce quatrième disque en solo, après un peu plus de deux décennies célébrées avec son groupe, Chokebore. Cette mélancolie douce, lovée dans un bouquet de fleurs tropicales, exhalée d’une voix lascive et aiguë, le tout déposé dans un boîtier d’acier abritant des sons tournoyants et tonitruants – « Thugs » et ses ondes ravageuses –, est celle de toutes ses chansons. TvB s’y tient, prisonnier volontaire de son art, mais toujours libre de déplacer sa prison où il le veut, en Amérique, d’où il vient, va et revient, à Berlin, où il a élu temporairement domicile, ainsi qu’en France.

Alors que, en 2010, le dernier morceau de How to live on nothing semblait sonner le glas de sa musique, le nouveau disque de TvB répond à ce nothing par un something. Something, même s’il est un mot vague, même flottant, est une réponse au néant : quoi qu’il en soit. Knights of Something, des chevaliers de quelque chose, de quelque part, de terres perdues dans des duels amoureux peut-être (qui nous offrent autant de chansons degeste, et ceux qui ont déjà vu TvB sur scène savent que ses mains parlent souvent plus que lui), de vertus toujours brandies face à l’adversité, sûrement. TvB est confiant, même s’il ne fait confiance qu’à lui-même, sur disque, sur scène – et on ne connaît pas artiste à savoir jouer seul sur scène son répertoire avec tant de théâtralité vraie ! Pas de mensonge trop pop, pas de création de toutes pièces, en boucles, sans une part de vérité, sans une mise à nu… Il est un clown blanc seulement capable d’un pas de danse d’un autre âge, seulement capable de faire balancer lascivement sa guitare électrique à quelques centimètres du sol, le dos courbé, le corps recroquevillé sur lui-même, mais qui tient toujours debout, dans un rugissement violemment électrique. Il est un cerveau lié à sa bouche, en fonctionnement économe : il livre peu de mots, mais ils sont suffisamment affûtés, comme des armes blanches, pour percer le cœur d’un public, avec sa main tournée vers le soleil, avec son cœur saignant dans l’autre. Cette solitude n’est pas un choix, c’est une libération du monde tel qu’il va et qu’il voit choir, dont il a d’abord une pleine conscience, celle d’un monde policé (« We Need You ») et trop étroit devant l’univers (« Curses! ») : « first I’m conscious, then I’m unconscious » (« LemonSeed »), pour se noyer finalement dans la seule vraie conscience de soi : « I keep to myself now » (« Touch Is Meat »), « my failure behind a smile » (« Smile ») ; « my destiny is the pillow » (« Manic High »). 

La musique de TvB repose sur cette seule conviction, et ne répète-t-il pas en interview qu’il joue et compose pour lui d’abord, et peut-êtreseulement ? C’est toute sa force, et c’est toute notre heureuse complaisance à s’adonner à ses propres volontés. À nous de partager ses ritournelles et d’écouter, dans « Smarter », le quatrième titre de Knights of Something, sa constance, l’invariabilité de son caractère qui le conduit à offrir, grâce à son don d’ubiquité de multi-instrumentiste (et c’est notable ici : il chante et joue lui-même toutes les parties et les a enregistrées avec un vieux Tascam 388), quelques confessions : « I´m just smart enough to survive. Not one cell smarter ». C’est une obstination, celle de l’esclave, abasourdi par ce qui l’entoure, et qui travaille à sa libération, comme quand il chantait une reprise du répertoire de Stephen Foster, qui résonnait magnifiquement sur son premier album de 2005 : « Old Black Joe » (« gone are my friends from the cotton fields away »). TvB est seul, esseulé, ici ou là (« Astrid »), parce qu’il s’est libéré. Et cette liberté est aussi celle laissée aux mélomanes qui s’y retrouveront certainement, nécessairement, tout au long de ces treize titres, entre ses sonorités toujours ambitieuses (« My Black Prize »), électriques (ce mélange de guitares dont lui seul a le secret, sur le premier titre « Surfer »), sensuelles enfin (« Empire of my Hate »).